Hazebrouck : après deux mois d’une arnaque à l’amour intense, il met fin à ses jours - Arnacoeurs Côte d'Ivoire ©
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27 janvier 2021 3 27 /01 /janvier /2021 12:00

 

 

Geoffroy De Saint Gilles | Publié le 26/12/2020

C’est son neveu qui témoigne, pour alerter. Jean * avait 73 ans, était entouré par sa famille et n’avait aucun problème de santé ni d’argent. Le 23 novembre, il a décidé de se tuer. Pour lui, la seule manière de mettre fin à une escroquerie lui ayant pris 73 500 € et fait miroiter une relation amoureuse qui n’arriva jamais.

*  le prénom a été changé

 

 

 

La mise en confiance

 

Jean ne connaît pas les codes des sites de rencontres. Quand une femme, prénommée Kim, lui dit qu’elle l’aime au bout d’une semaine, il la croit. «  Kim lui a demandé de quitter le site pour se voir sur Skype et par SMS, détaille son neveu, Clément Decaux. Elle explique être vendeuse d’art en Isère, qu’elle doit aller en Afrique du Sud pour récupérer un héritage très important. » Au bout de dix jours, elle lui demande de l’argent. Il rechigne puis cède sous la menace : «  Si tu ne veux pas, adieu, je n’aime pas les hommes méchants. » Plus tard, il fera un virement de 20 000 € que Kim lui remboursera. Jean a confiance, il se dit qu’il peut donner. Il perdra 73 500 €. Soit une moyenne de 1 100 € par jour.

Originaire de la Flandre, Jean a vécu dans la Sarthe comme agriculteur. Il possède un patrimoine important, il a des terres, mais il vit modestement. «  Mon oncle était près de ses sous, il ne donnait pas facilement. »

 

 

Le contexte

 

Il y a dix ans, l’épouse de Jean, malade, décède. Il revient à Hazebrouck, dans le quartier du Nouveau-Monde, près de sa famille. Grâce à un carnet de téléphone, Jean appelle ses anciennes camarades de classe. Grâce à cela, il aura deux compagnes. La dernière relation a duré cinq ans et s’est terminée en début d’année.

«  Comme il souffrait d’être seul, je lui ai proposé de passer par un site de rencontres sur Internet, explique Clément. Je l’ai aidé dans ses démarches et très rapidement, il m’a dit qu’il avait quelqu’un. » La famille a gardé tous les messages échangés, nous avons pu les consulter.

 

 

Le harcèlement sentimental

 

Revenons à « Kim ». Le septuagénaire veut la voir. «  Tous les deux jours, elle dit qu’elle va arriver la semaine prochaine, qu’elle vient s’installer avec lui mais à chaque fois elle trouve une excuse pour lui prendre de l’argent. » L’Hazebrouckois va aller en Isère, dans les aéroports de Roissy, Orly, Bruxelles, Charleroi… en plein confinement. Il va même chercher Kim qui dit être avec sa fille malade dans un hôpital de Liège. Son interlocutrice joue aussi sur la foi de Jean qui se rend régulièrement à la messe. Le jour même de la découverte de son

corps, son téléphone sonne encore pour lui demander de l’argent. «  Pendant deux mois, ils ont échangé des centaines de messages, ça n’arrêtait pas, il passait ses journées devant son ordinateur », poursuit Clément. Le matin, dès 6 h 30, il faisait le tour des cafés d’Hazebrouck pour envoyer de l’argent par coupons recharge de carte PCS. Un procédé qui ne laisse pas de trace.

 

 

L’isolement et la mort

 

Que ce soit son fils, ses sœurs ou son neveu, personne ne croit vraiment à cette relation. À tel point que son banquier est appelé. Il confirme que des virements posent question, mais personne ne peut rien faire. Jean s’isole. Comme avec Clément : «  Il ne voulait plus que je rentre, ne me parlait plus, comme à ses sœurs. » Il ne voit plus ses amis.

Le 23 novembre, il appelle son fils, boit un verre de vin rouge puis se pend dans son poulailler en laissant une lettre. «  Cette histoire pourrait être celle de votre oncle, de votre père, de votre voisin… Prenez garde aux réseaux sociaux et aux sites de rencontres, soyez vigilants, mon oncle était quelqu’un de logique, censé et bienveillant », conclut Clément qui espère, en témoignant, éviter d’autres drames comme celui vécu par Jean.

La piste de brouteurs en Côte d’Ivoire

 

 

L’enquête a été confiée au commissariat de Grande-Synthe qui a bien voulu prendre la plainte. Mais la famille ne se fait aucune illusion : « On ne reverra jamais ces 73 000 €, pense Clément, le neveu. L’argent a été envoyé à chaque fois à une holding en Côte d’Ivoire. On pense qu’il s’agit de "brouteurs", ces arnaqueurs professionnels  » Dans ce pays d’Afrique, les arnaques à l’amour sont un vrai business, avec des hommes utilisant des faux profils et de fausses photos qu’on appelle des brouteurs. Dans le cas de Jean*, il y avait bien une femme, blanche, derrière l’écran quand il l’appelait sur Skype.

Dans la Voix du Nord, nous avons déjà parlé de ces escroqueries, comme cette sexagénaire habitant le Nœuxois qui a perdu plus de 5 000 euros début 2018. Le parquet de Béthune a classé l’affaire, face à l’impossibilité d’identifier l’auteur. Cette année, une habitante de Vitry-en-Artois a perdu 2 500 €, victime d’un certain André. À chaque fois, les scénarios se ressemblent mais ils sont rarement aussi dramatiques que pour Jean. Les victimes se comptent par milliers en Europe et certains sites évoquent une escroquerie estimée à 200 millions d’euros chaque année.

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