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13 mars 2021 6 13 /03 /mars /2021 12:00

 

 

Les "brouteurs" écument les réseaux sociaux, sous de fausses identités, à la recherche de proies facile à extorquer. Une activité répandue dans certains pays africains qui peut détruire des vies en France. Témoignage côté coupable...et côté victime.

 

« Le brouteur est un homme comme toi, sympa tranquille » lâche Hervé, 20 ans, reconverti dans l'arnaque sur internet. Le phénomène n'est pas nouveau et remonte aux années 2000. Des Africains le plus souvent basés dans l'ouest du continent (Côte d'Ivoire, Sénégal, Nigeria) profitent des cybercafés et, plus récemment, des smartphones, pour rentrer en contact avec des Occidentaux pour leur soutirer de l'argent.

Comme s'il se livrait à la pêche au gros, Hervé interpelle les multiples auteurs de commentaires postés sur des pages Facebook populaires, en particulier celles de grands médias français. Marianne l'a contacté afin qu'il raconte sa situation et ses motivations.

Le terme "brouteur" fait référence à la passivité du mouton qui se nourrit sans effort, comme un arnaqueur peut se faire des milliers d'euros en mentant à des inconnus sur le net. L'arrivée des cybercafés, propices à l'anonymat, dans les années 2000, a propulsé le phénomène. Vingt ans plus tard, le mode opératoire s'est encore simplifié après l'essor des smartphones. « Vous êtes tellement intelligents en Occident que vous avez créé les téléphones portables et nous, comme nous sommes encore plus malins, nous les utilisons pour vous arnaquer » fanfaronne Hervé.

5 000 euros par mois

 

Ce brouteur vit en Côte d'Ivoire et prétend disposer d'un BTS en gestion commerciale. Vu son jeune âge, l'avenir lui tendait les bras. Mais « le manque de moyens, l'absence d'emploi et d'aide financière du gouvernement sont à la base » de sa reconversion en arnaqueur, prétend-il. Par crainte des autorités, il refuse de donner davantage de détails sur son lieu de résidence ou son identité. « La loi est appliquée ici et les arnaques sont toujours sanctionnées » relate-t-il. L'article 403 du Code Pénal de Côte d'Ivoire prévoit « un emprisonnement d’un à cinq ans et une amende de 300 000 à 3 000 000 de francs », entre 458 et 4 580 euros. Mais ça ne l'arrête pas. Hervé arnaque des Occidentaux « depuis 2018 », une activité peut aller jusqu'à « 5 000 euros par mois, selon la richesse du client, parfois une seule personne peut payer jusqu'à 50 000 euros » avance-t-il. En moyenne, il parviendrait à se faire « 150 euros par mois ».

 

Pour éviter d'être tracé et retrouvé, pas question de demander un chèque ou un virement. Sa rémunération de prédilection reste les coupons PCS achetables dans n'importe quel bureau de tabac. La victime achète un coupon avec le montant réclamé et envoie le code qui se trouve dessus. La somme peut aller de quelques dizaines d'euros à des milliers. Une fois le ticket reçu, le brouteur n'a plus qu'à enregistrer le code sur sa carte prépayée et la victime ne reverra jamais son argent. Mais cet échange n'est pas direct. « Il existe un grand réseau pour limiter les risques. L'argent passe d'abord par d'autres personnes, qui prennent 30 % de la somme reçueet qui s'occupent ensuite de le redistribuer aux arnaqueurs. »

Absence de remords

 

À le croire, Hervé serait contraint par la dure réalité de sa vie d'en venir à cette extrémité mais au fil de l'échange, le discours change. « Mon père a les moyens de me payer ce que je veux, s’il l'apprend je suis foutu. Je fais ça pour payer des choses que je ne peux pas avoir tout de suite » dévoile-t-il. Ses motivations ? Sans doute plus l'appât du gain que les nécessités financières.

Pense-t-il à la souffrance de ses victimes ? Hervé reconnaît qu'après quelques coups réussis, « ça devient une habitude, les remords s'en vont et rien n'importe à part l'argent ». Pour maximiser ses chances, il confie viser « des vieux en général mais aussi des jeunes dames ».

Sa stratégie passe par le sexe : Hervé envoie « des photos de nu ». Sur la provenance de ces images, le brouteur reste évasif : « C'est un processus bien élaboré, il faut quand même garder secrètes certaines choses sinon le système risque de s'effondrer ». Il s'autorise pourtant une confidence : « Les photos utilisées se partagent sur des pages privées, seulement connues par les brouteurs ».

Engrenage

 

« Ce n'est pas un jeu » affirme-t-il. On pourrait pourtant le penser en décelant son désintérêt total pour la souffrance des victimes. Les brouteurs visent surtout des hommes d'un certain âge, peu conscients des risques d'internet. C'est ce mode opératoire qui a fait sombrer Eric(*), 68 ans.

Marié et père de deux enfants, il confie : « Je suis détruit, ma vie est foutue à cause de ces brouteurs ». C'est sur Twitter qu'il a été contacté : « J'ai reçu un message privé d'une jeune femme qui souhaitait établir un contact. À cette époque, j'étais dans un état dépressif, en froid avec mon épouse, j'avais besoin d'entendre des mots doux, de tendresse, des mots forts ».

L'engrenage a démarré à la mi-septembre et duré jusqu'à la fin du mois de décembre. Il échange avec une prétendue bretonne nommée Céline Duprave. Elle s'affiche comme vulnérable, le charme et lui envoie des photos « osées ». « Pour moi c'était une jolie femme de 31 ans qui sortait d'une longue période de célibat et cherchait une vie à deux » explique-t-il.

Peu au fait de ce type d'arnaque, il rentre dans le jeu de son brouteur, au point même qu'il commence à « tomber amoureux de cette fille ». Pendant 15 jours, les discussions restent banales, hormis les fautes d'orthographe caractéristiques. Il ne verra jamais la demoiselle supposée. Tout passe d'abord par Twitter puis, à la demande insistante de l'escroc, sur Hangouts, la messagerie Google.

Il parvient une seule fois à tenir une brève discussion de vive voix avec elle. « Je me suis dit qu'elle n'avait pas du tout un accent breton mais plutôt africain. Mais je ne me suis pas posé plus de questions. Quand on est amoureux, les connexions du cerveau ne se font plus. »

Vie détruite

 

Les choses se corsent lorsque la « jeune femme » lui réclame 1.200 euros pour régler des problèmes d'argent. « C'est une sacrée somme mais pour rencontrer un jour l'amour. J'ai craqué » souffle Eric. Sa correspondante lui transmet une adresse postale en Bretagne pour faire gage de bonne foi. Il lui envoie la somme par un mandat Western Union mais le brouteur insiste pour qu'il utilise plutôt un coupon PCS. « J'étais épris et dépressif, comment refuser ? »

L'affaire prend une plus grande ampleur lorsque la « jeune femme » lui réclame plusieurs milliers d'euros, soi-disant pour régler des frais de notaire afin qu'elle puisse hériter de son père décédé. Attaquer la corde sensible constitue l'une des spécialités des brouteurs et Eric n'y voit que du feu. « J'ai utilisé l'argent prévu pour payer les études de ma fille dans une grande école » se lamente-t-il.

C'est à partir de ce moment que le fardeau devient trop éprouvant. « Je ne pouvais plus vivre dans le mensonge, ce que j'ai fait me ronge ». Sa fille découvre le secret grâce à un papier qui traîne. « Tout a explosé, ma femme, très sensible et que j'aime malgré tout est suivie par un psychologue, elle en fait des cauchemars la nuit. Moi je suis également suivi, je morfle, je sais que j'ai fait des très mauvaises choses » reconnaît-il. Eric espère maintenant retrouver sa femme et réparer son couple. Pendant ce temps, les brouteurs continuent.

(*) Le prénom a été modifié

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22 février 2021 1 22 /02 /février /2021 16:29
 
 
Franck Cognard - franceinfo
Radio France

Cachés derrière de faux profils sur les réseaux sociaux, et utilisant des photos volées, ces escrocs du web extorquent des milliers d'euros à leurs victimes. Les photos d'un ancien sergent-chef de la Légion étrangère ont permis à elles-seules de créer près de 5 000 faux profils. 

 

Les photos le montrent : Marin Burcea a un physique plutôt avantageux. Et bien qu'il ait quitté la Légion en 2018, au bout de cinq ans de contrat, des photos de lui en uniforme - photos volées en 2017 - circulent toujours. Très largement. Son ancienne unité a fait les comptes : depuis septembre 2020, différentes images de lui ont servi à créer 4 900 faux profils de militaires français, afin d'extorquer de l'argent, très majoritairement à des femmes contactées sur les réseaux sociaux. 

"2 000 faux profils sur Instagram, 300 sur Facebook, 500 sur TikTok, d'autres sur LinkedIn ou les sites de rencontres. Ces photos représentent 90% des arnaques aux faux profils qui remontent jusqu'à nous."

le capitaine Cédric, porte-parole de la Légion étrangère

à franceinfo

 

Ce sergent-chef est donc devenu, à son corps défendant, le paravent d'escrocs ivoiriens. Après être entrés en contact avec une potentielle victime, souvent après avoir noué une relation amoureuse virtuelle, ces "brouteurs", comme on les surnomme (arnaqueurs opérant sur internet), commencent à réclamer de l'argent. Carolina, une jeune Franco-Grecque qui vit à Athènes, a ainsi, au fil des mois, envoyé près de 5 000 euros à celui qu'elle croyait être un militaire dans la difficulté. "Il m'a demandé de l'argent pour que son officier supérieur le renvoie à Paris après 18 mois passés au Mali, raconte-t-elle. Ou pour manger au restaurant parce qu'il me disait que la nourriture était mauvaise. Ou pour payer son hospitalisation après une blessure par balles."

 

Fausse facture envoyée à Carolina, victime d'un "brouteur" lui réclamant de l'argent pour payer les soins après une blessure. 

(FRANCEINFO / RADIOFRANCE)

 

Carolina a bien quelques soupçons, refuse certaines demandes, et exige de son correspondant une conversation par téléphone. Le soit-disant militaire accepte, avant de demander à la jeune femme de lui envoyer 700 euros, afin qu'il puisse "payer l'amende infligée par son supérieur pour avoir utilisé un téléphone". Elle refuse une nouvelle fois, puis contacte franceinfo le 20 janvier 2021, après la diffusion d'un reportage sur l'opération Barkhane. Elle apprend alors qu'un soldat en opération extérieure reste 4 mois sur le terrain, pas 18 comme le prétend celui qu'elle considère désormais comme un "intime", que les militaires engagés dans Barkhane ne vont pas au restaurant, et donc n'ont pas besoin d'argent pour cela, et qu'une blessure par balles est toujours traitée par le Service de Santé des Armées sur place avant une évacuation vers un hôpital militaire, mais que jamais il ne serait soigné dans le civil. 

"L'uniforme de l'armée française m'a inspiré confiance. Mais quand j'ai compris et ouvert les yeux, je me suis sentie blessée, imbécile."

Carolina, l'une des victimes à franceinfo

A la Légion étrangère, le capitaine Cédric est contacté 4 à 5 fois par semaine par des victimes de ce faux profil : "Notre image en prend un coup, admet-il, mais quand nous réussissons, en alertant les sites comme Facebook ou Twitter, à faire fermer un profil, deux ou trois autres sont créés dans la foulée. Et nous n'arrivons pas à faire effacer de façon définitive les photos de cet ancien légionnaire, qui sont régulièrement utilisées depuis 2018." Selon l'officier, en Côte d'Ivoire, où remontent quasiment toutes les pistes, des cybercafés entiers sont dédiés à ces escroqueries.

"Si un militaire rencontré sur les réseaux sociaux vous réclame de l'argent, par exemple 2 400 euros pour payer les poches de sang nécessaires à des soins, c'est une arnaque, prévient le capitaine Cédric. Plus largement, si un légionnaire ou tout autre soldat vous réclame de l'argent depuis le Mali ou un autre théâtre d'opération, c'est de toutes façons une arnaque."

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